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Introduction du colloque psychanalytique : Sur les effets d'une clinique psychanalytique contemporaine - Paris 75002



Introduction du colloque psychanalytique : Sur les effets d'une clinique psychanalytique contemporaine - Paris 75002

Introduction pour le XXVIIème colloque du RPH

Sur les effets d’une clinique psychanalytique contemporaine

 

 

Bonjour et bienvenue à tous pour ce XXVIIème colloque du Réseau pour la Psychanalyse à l’Hôpital.

 

Nous poursuivons aujourd’hui le cycle que le RPH a choisi de consacrer à la clinique psychanalytique contemporaine. Il nous est apparu essentiel de témoigner de notre travail et de parler de cette psychanalyse vivante et actuelle, telle qu’elle se trouve convoquée dans nos cabinets de consultations et telle qu’elle est véhiculée, interpelée, questionnée dans notre société.

Le thème de ce cycle reflète la volonté des membres du RPH de faire connaitre leur clinique, d’expliciter leur travail, de prendre le parti de parler, directement, en public, de ce qui se passe dans leurs consultations.

La psychanalyse, comment la manie-t-on ? Qu’est-ce qu’elle produit ?

 

Le premier colloque de cette série nous a réunis il y a quelques mois autour de la technique psychanalytique. L’occasion nous a été donnée d’entendre comment les cliniciens travaillent : avec quels outils, quelles stratégies, quelle cartographie ils se repèrent pour opérer quotidiennement avec les être parlants qu’ils reçoivent.

Aujourd’hui, nous faisons un pas en plus et questionnons ce travail : alors, qu’est-ce que ça donne ? Quels effets sont produits par cette rencontre psychanalytique ?

 

En préparant ce colloque, j’ai cherché à me rappeler à quel moment j’avais entendu parler des effets de la psychanalyse lors de mes études universitaires.

J’ai bien sûr entendu parler de psychanalyse. J’ai eu de nombreuses heures d’enseignement où l’on m’a présenté le complexe d’Œdipe, la première et la seconde topique de Freud, le mythe de la horde primitive, la sexualité infantile, la nosographie freudienne, en insistant sur le fait que celle-ci n’était plus vraiment d’actualité. Cet enseignement s’est répété pendant les trois premières années de mes études au moins, présenté par quatre, cinq enseignants peut-être.

A bien me rappeler, si ces hommes et ces femmes se sont efforcés de présenter à leur public d’étudiants le modèle de l’appareil psychique que Freud avait brillamment mis à jour, aucun d’entre eux n’a pris le temps d’exposer intelligiblement la technique et les effets de la méthode de traitement qui y était intimement liée.

La théorie, sans la clinique.

Autant dire que je trouvais toute cette affaire bien poussiéreuse et ne voyais en rien comment il me serait possible de travailler avec ces concepts. La psychanalyse, c’est sur le divan que je l’ai découverte. Et ça n’aurait pas pu être autrement pour moi.

 

Je ne fais pas de reproche à l’institution universitaire. Et je ne fais pas de généralité de mon expérience. L’université m’a délivré un diplôme. C’est en intégrant une Ecole de psychanalyse, le RPH, que j’ai appris, parce que cela s’apprend, comment il était possible d’occuper la position de psychothérapeute et de supposé psychanalyste. Cela s’est fait au travers d’une formation, formation qui a été nourrie par le désir d’occuper cette position, désir que j’ai pu reconnaitre comme mien au travers de ma psychanalyse.

Voilà un effet remarquable dans ma cure, puisque nous sommes là pour parler effets !

 

Avec ces quelques mots de mon expérience universitaire, je cherchais à illustrer quelle difficulté cela peut être pour les cliniciens de faire montre des rouages de leur clinique.

Et pourtant, l’enjeu est majeur. Il consiste à reconnaitre à la psychanalyse son caractère opérant, voire son caractère scientifique. C’est avec cette visée que nous avons construit ce cycle de colloques.

 

Freud ne se cachait pas de l’ambition qu’il avait de reconnaitre à la psychanalyse un caractère scientifique. Il le dit, très directement dans un texte de 1922, appelé « Psychanalyse ». Je le cite «Psychanalyse est le nom :

  • D’un procédé pour l’investigation de processus animiques, qui sont à peine accessibles autrement
  • D’une méthode de traitement des troubles névrotiques qui se fonde sur cette investigation
  • D’une série de vues psychologiques, acquises par cette voie, qui croissent progressivement pour se rejoindre en une discipline scientifique nouvelle »[1]

 

C’est très clair.

 

Pour Jacques Lacan, il semble que ce n’était pas si simple. J'ai pourtant trouvé, en consultant une de ses interview donnée en 1957 au journal l'Express, un discours très limpide, très simple, un discours adressé au grand public. Lacan ne cherche pas à y être obscure ou énigmatique, il parle de la psychanalyse, de son action, de ses effets, il discute les positions qu’occupent le psychanalyste, ainsi que le psychanalysant.

Voici quelques mots de cette interview : « C’est quelque chose de bien frappant, de tout à fait saisissant que Sigmund Freud, un homme tout seul, soit parvenu à dégager un certain nombre d’effets qui n’avaient jamais été isolés auparavant et à les introduire dans un réseau coordonné, inventant ainsi à la fois une science et le domaine d’application de celle-ci ».[2]

 

Il avait, un peu plus tôt, précisé ceci : « Il ne faut pas voir en l’analyste un « ingénieur des âmes » ; ce n’est pas un physicien, il ne procède par en établissant des relations de cause à effet : sa science est une lecture, une lecture de sens ».[3]

 

Faire science, ce n’est pas se calquer sur celle d’à côté, lui emprunter son vocabulaire ou ses appareils de mesure. Ce n’est pas avec la physique qu’on traite du psychique. Ça ne demande pas de se plier à des protocoles d’évaluation qui ne sont pas adaptés à son objet.

En psychanalyse, appliquer une évaluation horizontale, du type de celle qui consiste à prendre une cohorte d’une centaine de patients et à leur appliquer le même traitement, n’est pas envisageable.

La psychanalyse est une discipline du singulier. L’évaluation est, elle aussi, singulière. Elle prendra une forme dite verticale et portera sur un même « sujet d’étude », à savoir l’être parlant venu nous rendre visite. Comment cet être était-il à l’entrée de sa cure, et comment il se présente à la sortie de celle-ci.

Ce protocole, mis en place par Fernando de Amorim, est celui qui sert de référence aux cliniciens du RPH. Et c’est bien sur les effets de la cure qu’il s’appuie.

 

Rappelons-le, l’objet d’étude de la psychanalyse, l’inconscient, nous n’y avons pas accès directement. Il n’est pas observable. C’est donc à partir des effets produits par le dispositif psychanalytique que nous pouvons déduire, dans l’après-coup, la réorganisation psychique qui s’est opéré par ce procédé.

 

Il n’y a là rien de farfelu. J’emprunte ici les mots d’un ami chercheur en physique quantique. Un jour, je lui demande s’il peut me présenter la teneur de son travail et s’il peut le faire de façon très simple puisque je n’ai pas de connaissance dans ce domaine. Il m’a alors très simplement expliqué sa recherche. Je vous la livre.

Il travaille sur des particules isolées, les photons, qui sont des systèmes très fragiles, ce qui rend leur observation directe impossible. Les regarder modifierait déjà leur système, voire le détruirait. Comme il ne peut pas faire de mesure sur l’objet de son étude, il fait intervenir des atomes, qui, dans leur interaction avec les photons, produisent une modification de l’environnement, modification qui entraine des effets sur les photons eux-mêmes et sur l’interaction qu’ils ont avec les atomes. De la sorte, les atomes qui ont interagi avec les photons, non directement observables, en portent désormais l'empreinte, cela par le biais d'une modification de l'environnement et d'une action en retour de celui-ci. Il est alors possible au chercheur d’étudier indirectement les propriétés des photons, objet de sa recherche.

 

Le protocole n’est pas transférable à la psychanalyse. Mais il nous rappelle qu’il n’est en rien incongru de travailler avec ce qui ne peut être touché du doigt.

Les effets de la psychanalyse sont la partie visible de l’iceberg. Ils représentent ce qui est donné à l’observation dans la psychanalyse. Ils sont l’empreinte de ce qui a pu s’opérer dans l’appareil psychique.

 

Et pour le clinicien, ils sont, tout au long de la cure, autant de balises, de repérages pour indiquer si la cure se dirige sur la bonne voie.

Le patient, dans son discours ou dans ce qu’il donne à voir, indique les effets que provoque son cheminement psychanalytique. Il nous apprend des changements, professionnels, amoureux, familiaux, corporels qui signalent qu’il va de l’avant, qu’il grandit.

A nous de vérifier, avec lui, si sa cure y est pour quelque chose. S’il nous le confirme, nous pouvons alors noté que nous sommes dans la bonne direction.

D’autres effets se produisent dans la cure. Des effets de résistance, de répétition ou encore d’intensification d’un symptôme s’observent. Bien qu’ils prennent parfois l’allure d’une véritable tempête, et que nous serions tentés de les assimiler à des freins pour la poursuite de la cure, ces effets nous indiquent bel et bien que celle-ci est devenue la scène où se représentent les conflits psychiques. La cure chemine.

 

Prendre la mesure de ce que ces effets nous apprennent et mettre cela au travail comme nous proposons de le faire aujourd’hui signe notre investissement avec la psychanalyse.

Il s’agit là de s’engager à opérer avec rigueur et à ne pas craindre de témoigner de ce que nous faisons. Il s’agit d’accepter et d’aspirer à ce que notre travail soit discuté.

 

Aussi, je laisse la parole à mes collègues cliniciens du RPH et vous souhaite, une fois encore, la bienvenue. Préparez-vous, je suis convaincue que la journée va vous faire de l’effet !

 

[1] Freud, S. (1922). « Psychanalyse » et « Théorie de la libido », Œuvres complètes, volume XVI, PUF, Paris, 2010, p.183.

[2] Chapsal, M. (1957, 31 mai). Les clefs de la psychanalyse. L’Express n°310, p.14

[3] Ibid., p. 2


Pour aller plus loin :
- La revue de Psychanalyse et Clinique Médicale n°35 : Sur les effets de la psychanalyse
- Les extraits vidéo du colloque correspondant

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